Après douze ans d'interdiction, la boisson énergisante Red Bull est enfin commercialisée en France. La marque du leader mondial des boissons énergisantes a organisé ces derniers jours un battage marketing, dont le clou devait être une soirée de lancement, lundi 7 avril, à Paris.
CHIFFRES VENTES.
Quelque 3,5 milliards de canettes ont été vendues en 2007, dans plus de 140 pays. Le groupe détient 70 % du marché des boissons énergisantes. Le chiffre d'affaires a atteint 3 milliards d'euros, en hausse de 16,6 % par rapport à 2006.
EFFECTIFS.
Le groupe emploie 4 600 salariés dans le monde. Les centres de production sont situés en Autriche et en Suisse.
MARKETING.
Le groupe consacre 15 % de son chiffre d'affaires au sport. Outre plusieurs clubs de football, dont le Red Bull Salzbourg, le principal vecteur d'image du groupe est constitué par ses deux écuries de Formule 1 : Red Bull et Toro Rosso, pour un investissement total de 300 millions d'euros.
HISTORIQUE.
Convaincu de son efficacité, M. Mateschitz pressent l'existence d'un marché en Occident. En 1983, il acquiert la licence auprès du fabriquant thaïlandais TC Pharmaceuticals avec lequel il fonde Red Bull sur les rives du lac Fuschl, dans la région de Salzbourg. A 40 ans, le cadre marketing se lance dans une nouvelle carrière d'entrepreneur et peut enfin donner libre cours à sa créativité.
Elle consiste d'abord à ignorer superbement les résultats des études de marché. Le goût irrite, la boisson rendue gazeuse n'étanche pas la soif. Malgré cela, et après une première bataille de trois années avec les autorités sanitaires, Red Bull, cocktail d'acide aminé - la taurine -, de caféine et de vitamines, est lancé en 1987 sur le marché autrichien.
A partir de là, le "taureau rouge" commence une carrière internationale "underground" portée par la rumeur. Dopante, aphrodisiaque, dangereuse. La boisson alimente des fantasmes que le producteur se garde bien de démentir. Jusqu'au début des années 1990, la plupart des pays européens en interdisent l'importation. Le taux élevé de caféine et les effets incertains de la taurine suscitent l'inquiétude. Résultat, la canette bleu et argent s'impose comme accessoire culte des noctambules internationaux, circulant sous le manteau ou commandée, plus tard, sur Internet.
A partir de 1992, les barrières réglementaires tombent : Hongrie, Grande-Bretagne, puis Allemagne en 1994. En 1997, Red Bull conquiert les Etats-Unis, la patrie de Coca-Cola où il écoule un tiers de sa production. Inventeur d'une stratégie marketing anticonformiste fondée sur la rumeur et la contre-culture au temps où il devait se contenter du marché noir, le milliardaire continue de snober les canaux traditionnels. Au lieu de campagnes télévisuelles ou d'affichage, il mise à fond sur le sponsoring des sports extrêmes. L'entreprise consacre au total plus de 15 % de son chiffre d'affaires au sport, dont les deux tiers à la Formule 1, passion du patron.
Restait à conquérir le marché français. Après un bras de fer de dix ans, Red Bull plie finalement devant l'inflexibilité de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) et pour la première fois modifie la recette de sa potion magique. La taurine est remplacée par un autre acide aminé, l'arginine.
Mais la polémique ne semble pas close pour autant. Cette fois, le contenu n'est pas en jeu, mais le procédé marketing. Le dossier déposé par Red Bull mi-2007 auprès de la direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) proposait de vendre un produit sans taurine sous le nom de "Bullit", pas Red Bull. En outre, la canette est la même que pour le reste du monde, avec juste la mention : "à base d'arginine et caféine". L'Afssa s'offusque du procédé. "Une confusion peut s'installer dans l'esprit des consommateurs entre une boisson encore interdite en France et ce nouveau produit", estime Pascale Briand, la directrice générale.
Chez Red Bull France, on dit ne pas comprendre. "L'autorisation de commercialisation est obtenue pour la formule, pas pour le nom", explique le département communication, précisant en outre que ses concurrents procèdent de la même façon sur le marché français. Même si la recette est rentrée dans le rang, la boisson garde son côté sulfureux.
Laurence Monnot avec Laetitia Clavreul